18 Evenement exceptionnel Renga
Posté le 07.01.2008 par messagers
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Ce soir-là, il était en service au bal organisé à l’occasion de la célébration de la fête de Notre Dame des Remèdes à Saint-André. Il marchait, majestueux, accompagné de son collègue, observant la foule dense qui se croisait dans l’unique rue du village menant à la chapelle illuminée et richement décorée pour l’occasion.
En s’approchant de la chapelle, il remarque deux gamins qui s’échappent furtivement et semblent dissimuler un sac informe. N’écoutant que son devoir, il accélère. Son collègue peine à le suivre. Il a déjà agrippé un des chenapans pendant que le second semble s’être volatilisé. De sa grosse voix impressionnante, il se met à sermonner le gamin et demande à voir le contenu du sac qui s’agitait dans la main qui le serrait.
- Vas-tu m’ouvrir ce sac oui ou non ?
Avant même que l’enfant obéisse, une tête ébouriffée s’échappe du sac forçant l’enfant à lâcher sa proie.
- Coin, coin, fit entendre la tête de l’animal mécontent.
- C’est pour vous Monsieur le garde, prenez-le, c’est pour vous !
- Jamais de la vie ! Tu te fiches de moi !
Tout en disant cela, notre homme se mit à penser au dernier canard aux oignons que sa femme lui avait mitonné, et bien malgré lui, l’eau lui vint à la bouche, et pour la première fois de sa vie de garde républicain incorruptible, il fut pris d’un doute. Une fois ? Une toute petite fois ? Pouvait-il faire une entorse à la loi ? Fermer les yeux, laisser filer le gamin… et déguster en famille un canard aux oignons.
Un canard volé ! lui reprocha aussitôt sa conscience, et tu vas faire cela le jour de la fête de la Vierge ! Est-ce bien toi Alfredo : toi l’incorruptible ?
Mais le gamin est bien jeune, son complice s’est sauvé, l’amener au poste c’est bien le faire payer pour deux ! Pour lui aussi c’est la fête de la Vierge, gémissait Alfredo torturé.
- Coin, coin, faisait le canard.
- C’est pour vous Monsieur le garde, implorait le gamin.
Sainte Vierge aidez-moi, pria Alfredo ! Quel est le remède ?
Sans doute la Vierge eut-elle l’ouïe fine, car la lumière se fit soudain dans la tête d’Alfredo. Il amena le gamin devant la chapelle.
- Entre et remercie la bonne Vierge. Elle te pardonne.
Puis il chercha le curé : le canard aux oignons de Pureza il s’en souviendrait longtemps.
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Posté le 22.12.2007 par messagers
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Ecole de Garçons, Ecole de Filles.
Il y a maintenant de nombreuses années que cette distinction n’a plus cours, la mixité scolaire s’étant imposée définitivement. Mon Maître d’école fut pourtant confronté à une surprenante mésaventure à cet égard.
C’était à la fin de l’année scolaire. A cette époque, la pratique du sport était pratiquement étrangère aux activités scolaires dans l’enseignement primaire, considérée comme une discipline avant tout ludique. De ce fait, c’est uniquement lorsque les beaux jours arrivaient, vers le mois de juin, alors que les programmes touchaient à leur fin, qu’une décontraction certaine s’installait dans la classe. Tous les après-midi, le Maître nous emmenait dans la cour et organisait des parties de ballon. Nous revêtions alors des tenues plus légères et plus amples que l’habituelle blouse étriquée.
Ce jour là, il avait décidé de nous initier au rugby. Tous en short et maillot léger, nous attendions le signal. Un champ d’herbe attenant à la cour avait été investi afin d’amortir les chutes et placages. Avoir le droit de se tirer par le maillot, quelle joie. Tous les coups étaient permis.
Quelle ne fut pas la surprise du Maître, à l’occasion d’un « tirage de maillot » un peu vigoureux, de découvrir sur le torse soudain dénudé de l’élève victime de l’exploit, une jolie paire de seins bien fermes et bien saillants qui ne laissait aucun doute sur le sexe de son propriétaire. Dire que Monsieur Rollin fut à ce moment interloqué, voire pétrifié, serait sans doute très en deçà de la réalité. De rouge cramoisi, son visage devint rapidement blême. Sa respiration déjà rendue difficile par l’effort physique qu’il venait de produire, devint saccadée. Pire, il suffoquait au bord de la crise d’apoplexie. Nous nous étions regroupés au milieu du terrain, ravis de l’aubaine, profitant et ne perdant pas une miette d’un spectacle rare, que d’ordinaire nous ne pouvions nous offrir qu’à la dérobée , en cachette, en feuilletant à la va vite des magazines que rapportaient les plus grands, le soir dans le dortoir. Quant à la demoiselle, car il fallait bien se rendre à l’évidence, elle appartenait sans conteste à la gent féminine, elle était la moins gênée de nous tous, sure d’elle et de l’effet, voire de l’attrait que produisaient ses appâts sur notre assemblée.
Notre Maître, peu à peu recouvrit ses esprits… puis la poitrine de l’unique objet de notre attention, et, couvrant ces seins que nous ne saurions voir, parvint à adopter une contenance plus en rapport avec son statut et sa réputation. Il nous intima l’ordre de nous retourner. Et plus vite que ça, aux vestiaires nous ordonnât-il encore énervé. Puis il tança mollement la jeune fille, qui ne se départissait pas pour autant de son air effronté.
L’incident se termina par notre retour en bon ordre aux vestiaires.
Il va de soi que cette singulière « passagère clandestine » ne termina pas l’année scolaire, fort heureusement très proche, au sein de la classe. Le Maître ne parvint pas vraiment à nous convaincre qu’il ignorait la présence d’une fille dans une classe de garçons, mais nous acceptâmes amusés l’explication fumeuse qu’il nous exposa.
Ce n’est que quelques années plus tard que je sus ce qui s’était réellement passé et que je connus le fin mot de l’histoire. La surprise du Maître ne tenait pas tant au fait qu’il s’agissait d’une fille, mais plutôt et surtout, parce que sa présence incongrue sur un terrain de rugby, parmi des garçons, nous fut dévoilée de cette manière, par sa nudité.
Il n’ignorait pas qu’elle était là, ni qui elle était, et avait contribué personnellement à la faire passer pour un des nôtres, pour céder à un caprice de sa fille. Ce caprice, il en était entièrement responsable. En effet, nous apprîmes qu’elle était la cadette des 5 filles de notre Maître, et que, las de ne produire que des femelles, il l’avait singulièrement éduquée comme un garçon. Il avait simplement oublié, qu’à onze ans, le singulier allait devenir un genre qu’il ne pourrait plus cacher, condamné qu’il était au féminin pluriel.
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Posté le 21.12.2007 par messagers
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De la place pour deux
Je n’y vois plus rien, c’est bien ma veine : il fait nuit comme dans un four. Pas une lueur pour me guider. Pas le moindre halo de réverbère, pas le moindre faisceau lumineux d’un phare de voiture, pas une bougie, pas une chandelle, rien !
Je ne suis pas d’un naturel peureux, n’allez pas croire cela, mais tout de même, il y a des limites.
Je progresse à tâtons, avec d’infinies précautions. Sous mes pieds mal assurés les tuiles rendues glissantes par la pluie se dérobent. Tant bien que mal je rétablis mon équilibre, évitant la chute de justesse. Chaque année c’est pareil, je suis à deux doigts de me rompre les os sur leurs maudits toits en pente. Et mes rhumatismes qui me reprennent : ce doit être l’humidité ambiante. C’est décidé : la prochaine fois ils n’auront qu’à se débrouiller sans moi. Je commence à me faire vieux et il serait peut-être temps de passer la main, après toutes ces années.
Le rebord de la cheminée est là, tous près ; je le devine, je le sens à l’acre odeur de suie et de fumée qui l’imprègne, à une vague chaleur qui se diffuse au fur et à mesure que je m’en approche. Pourvu qu’ils aient pensé à appeler le ramoneur parce que je n’ai pas l’intention de me salir. Je me penche pour entamer ma descente et, aïe, mon front heurte brutalement le front d’un autre individu, assez corpulent me semble-t-il, à en juger par le choc qui va me laisser une énorme bosse. Ma réaction ne se fait pas attendre :
- Non mais dites donc, vous ne pourriez pas faire un peu attention où vous mettez les pieds ?
- Je vous signale que j’étais là avant vous Monsieur…Monsieur ?
- Peut importe mon nom, il me semble que vous me devez des excuses.
- Des excuses ? Vous plaisantez j’espère ? Je travaille moi, Môssieur, et je n’ai que faire de vos jérémiades.
- Vous travaillez, dites vous, comme cela, en pleine nuit ? La belle affaire ! Bon, assez perdu de temps, poussez vous un peu, je suis pressé ; on m’attend figurez vous.
- Voyez-vous cela. Je vous ferai remarquer que moi aussi on m’attend. J’ai une livraison à effectuer, et de la plus haute importance qui plus est.
- Tiens donc, comme c’est étrange, Monsieur est livreur. Et pourquoi je vous prie ne passez vous pas par la porte comme tout le monde, ou par la fenêtre ?
- D’une part parce que je ne suis pas Monsieur tout le monde et d’autre part parce que je ne suis pas non plus un voleur. Je suis là en service commandé. Je peux bien vous le dire après tout, je suis le Père Noël.
- Je n’ai jamais entendu quelque chose d’aussi absurde. C’est risible. Vous n’êtes qu’un imposteur. Le Père Noël, le seul, l’unique, le vrai, c’est moi.
- Comment osez-vous ? C’est impossible puisque je vous dis que c’est moi.
- Allons, laissez moi rire : et puis de toutes façons tout le monde sait que le Père Noël n’existe pas voyons !
- Vous n’existez pas, nuance.
- Mettons nous d’accord au moins sur un point : le Père Noël, s’il existe, ne peut-être qu’unique.
- Je vous l’accorde et je ne vois qu’une solution pour sortir de ce quiproquo.
- Peut-on savoir laquelle ?
- C’est très simple : nous allons nous interroger à tour de rôle jusqu’à ce que l’un d’entre nous, le pseudo Père Noël, soit démasqué.
- Je trouve cela grotesque mais puisque vous y tenez, allons y et finissons en. Nous avons assez perdu de temps. Vous permettez que je commence ?
- J’allais justement vous le proposer. Je vous écoute.
- Très bien. D’abord, d’où venez-vous ?
- Du Nord, du grand Nord ; d’un petit village qui s’appelle Rovaniemi, c’est juste en-dessous du cercle polaire et il y a de la neige toute l’année.
- Admettons. Et comment êtes vous arrivé jusqu’ici ?
- Quelle question ! Avec mon traîneau volant pardi ! Tiré par huit magnifiques rennes si vous voulez savoir.
- Leur nom ?
- Rien de plus facile : Tornade, Danseur, Furie, Fringuant, Comète, Cupidon, Eclair et celui que je préfère, Tonnerre.
- A mon tour maintenant : mais permettez d’abord que je vérifie quelque chose.
Et sans lui laisser le temps d’esquisser le moindre geste, je tirai violemment sur sa longue barbe blanche, dans l’espoir d’arracher ce que je pensai être un vulgaire postiche. Las, j’avais beau tirer de toutes mes forces, la barbe ne cédait point. Ma victime poussait des hurlements tels que je dus me rendre à l’évidence : ce n’était pas une fausse barbe.
- Je suis confus, j’étais pourtant persuadé que…
- Vous avez de la chance que je ne sois pas rancunier et plutôt beau joueur; je vous pardonne pour cette fois mais ne vous avisez pas de recommencer ou il vous en cuira.
Un peu gêné je jetai un coup d’œil aux alentours :
- Vous êtes seul, à ce que je vois ?
- Détrompez-vous ! Je ne me déplace jamais sans mon compagnon de toujours, le Père Fouettard. Pour le moment il est occupé dans une autre maison, à deux pas d’ici. D’ailleurs il ne devrait pas tarder.
- Occupé à quoi faire si ce n’est pas trop indiscret ?
- A dispenser des coups de fouet aux vilains garnements ; il faut bien se répartir les tâches sinon en une seule nuit nous n’y arriverions jamais : moi je distribue les cadeaux aux enfants qui ont été sages et lui punit les enfants dissipés et désobéissants qui sont de plus en plus nombreux croyez moi ! ce n’est pas le travail qui manque, malheureusement.
- Mais vous n’avez pas le droit, vous êtes un usurpateur : c’est moi qui avec ma hotte sur le dos distribue des cadeaux aux enfants la nuit de Noël et les dépose au pied du sapin. Vous pourriez au moins respecter les traditions !
- Vous ferez ce que vous voulez la nuit de Noël mais je tiens à vous rappeler que nous ne sommes que dans la nuit du 6 Décembre et que moi, Saint-Nicolas, puisque tel est mon nom, j’ai bien l’intention de faire ce que j’ai toujours fait cette nuit là, à savoir distribuer des cadeaux aux enfants qui le méritent, ne vous en déplaise.
- Comment, le 6 Décembre ? Mais alors je me suis trompé de jour ? enfin, de nuit ?
- J’ai bien peur en effet que vos lutins vous aient joué un bien mauvais tour. Je les savais facétieux mais à ce point…
Jamais je ne m’étais senti à ce point ridicule et humilié. J’étais sur le point de faire demi-tour lorsque Saint Nicolas m’arrêta :
- Ecoutez, voici ce que je vous propose : je suis affreusement en retard dans ma distribution et je crois qu’à deux nous serions plus efficaces.
- Il n’y a plus une minute à perdre. Je vous accompagne mais promettez moi une chose.
- … ?
- Qu’à votre tour vous viendrez m’aider la nuit de Noël.
- C’est promis. Allez, en route, l’aube ne va pas tarder à se lever.
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Posté le 20.12.2007 par messagers
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Il avait garé son véhicule, un 4X4 impressionnant, à quelques dizaines de mètres du Col de l’Asclier.
Il était en train de régler son téléobjectif quand le ciel, d’un bleu immaculé, soudain s’assombrit.
Le silence de la montagne était total. Les lignes de crêtes se découpaient au loin, pas le moindre nuage pour les dissimuler.
Il leva très lentement les yeux de son appareil, inquiet.
Il sentit un très léger frôlement. Instinctivement il mit ses bras autour de sa tête.
Alors il vit tournoyer au-dessus du 4 X 4 l’aigle le plus majestueux.
Celui-ci descendit poser délicatement sur le toit de la voiture un agneau tout tremblant.
Il resta quelques instants interdit, l’appareil à la main,. Il n’eut même pas la présence d’esprit de prendre une photo de l’aigle.
C’était pourtant exactement la photo qu’il cherchait à faire depuis qu’il venait chaque lundi stationner là exactement où il pensait un jour le trouver.
Quand il sortit de sa stupeur, l’aigle avait disparu, et une petite chose vagissait sur le toit de sa voiture.
L’agneau nouveau-né ne semblait pas avoir été blessé. Il le prit délicatement et le posa par terre afin de l’examiner.
Les serres de l’oiseau avaient du entourer son petit corps avec délicatesse car il ne présentait aucune blessure. Il tenait à peine sur ses pattes mais il vint néanmoins
se blottir contre ses jambes.
Jamais on le croirait quand il serait de retour dans la vallée. Il s’imaginait bien racontant son histoire à ses neveux réunis autour de lui. « Comme je vous vois à
présent, un aigle, grand comme cela » et il étendait les bras pour simuler les ailes « et dans ses serres, tenez-vous bien, un agneau tout juste né, d’ à peines quelques
grammes ; et attendez, le plus incroyable c’est que l’agneau, il l’ déposé délicatement sur le toit de la voiture et pfftt, il s’est envolé, sans un bruit ».
Si ses neveux ne buvaient pas toutes ses paroles, jamais il ne supporterait les regards moqueurs, les sourires en coin ou des remarques du style « dis donc le soleil
devait taper bien fort là-haut, pour que tu délires comme ça… » qu’ils risquaient de lui adresser…
Ah si seulement il avait eu la présence d’esprit de déclencher son appareil photo. Cela aurait été le cliché de l’année…une preuve irréfutable
Au fond peu importe, cette image il l’avait là, bien imprimée dans sa mémoire, et elle lui appartenait à jamais.
Finalement cette histoire il la garderait pour lui seul. L’agneau il l’aurait trouvé abandonné au bord de la route et il l’aurait récupéré, c’est tout.
Il prit l’animal encore tremblant dans ses bras, le déposa sur le siège avant de la voiture, et lentement, cherchant à éviter les soubresauts il entama la descente vers la vallée.
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