17 Personnage hors du commun
Posté le 22.12.2007 par messagers
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Elle portait souvent des vêtements de couleurs sombres, elle enroulait ses cheveux chatain clair et crantés dans un chignon en boule dans le bas de sa nuque. Il lui arrivait en été de se protéger du soleil avec un foulard qu’elle nouait à sa façon. Catarina était de taille moyenne, bien charpentée aux formes généreuses, une femme solide bien ancrée au sol.
Elle était née dans un village montagnard Paladina, près de Milan, elle avait rencontré son mari Marco originaire de Bergamo dans le Nord du pays , ils se sont mariés et sont venus s’installer en France en 1920 dans un quartier d’immigrés d’Italiens ; ils ont construit la maison familiale avec l’aide des voisins. Elle aimait rendre visite à ses voisines italiennes et pouvait s’absenter de longues heures, en veillant à revenir à temps pour le déjeuner de son mari. Il arrivait toutefois qu’elle ne se plie pas toujours à la volonté du patriarche qui hurlait son mécontentement en italien, elle ne se gênait pas pour lui répondre tout en haussant les épaules. D’une nature gaie et parfois insouciante elle donnait l’impression de pouvoir traverser toutes les tempêtes de la vie.
Notre sortie favorite le samedi matin au marché de Sannois où elle adorait flâner et marchander sa main calleuse serrait très fort ma petite main pour ne pas me perdre dans la cohue. Le dimanche matin elle ne sortait pas de sa cuisine, elle concoctait des mets savoureux avec les aromates du jardin et la sampia (ramenée d’Italie) pour sublimer par son arôme la sauce bolognaise. Les gnocchis pétris dans ses mains expertes qu’elle roulait dans la farine étalée sur la table bleue en formica et découpait sur la planche de bois dans un geste précis . Venait le tour des pâtes fraîches raviolis et cannellonis et la polenta.
De nature volubile Catarina ne m’adressait que quelques mots en italien quand elle cuisinait. J’adorais l’observer quand elle levait ses yeux bleus clairs en me souriant et lire dans son regard malicieux la joie de ce bonheur partagé. Pas de grandes phrases, de mots tendres ni d’élan de tendresse entre nous mais une grande complicité et des traits de caractère similaires. Un peu brusque parfois dans ses propos mais jamais de mots blessants ou humiliants .
La vie nous a séparées pendant plusieurs années mais quand je l’ai retrouvée elle n’avait pas changé au point de vue vestimentaire, ses cheveux avaient blanchi, toujours la même coiffure, et ses yeux pétillants de malice et son petit sourire qui illuminait toujours son regard. Elle s’occupait désormais du jardin potager depuis la mort de son mari , elle prenait tant de plaisir à cueillir ses haricots, ses tomates qui murissaient toujours mieux que dans les jardins alentours, «disait-elle» et ses fraises succulentes, sans oublier les bouquets de fleurs, qu’il fallait emporter à chaque fois que je venais la voir. Elle savait évoquer des douleurs profondes, comme le deuil, sans dramatiser avec des mots justes qui ne vous enlisent pas dans le chagrin. Les instants précieux quand elle me parlait de sa jeunesse en Italie, comment elle avait appris à broder son trousseau, et tous les souvenirs qu’elle avait en elle, pas de remords ni de regrets.
Quand elle a perdu de son autonomie, elle a souhaité aller dans une maison de retraite où elle était appréciée pour sa joie de vivre. Elle ne me reconnaissait pas quand j’allais la voir. Sa fin de vie s’est passée selon son désir elle s’est éteinte dans son sommeil à 93 ans.
Le jour de son enterrement, il avait neigé pendant la nuit , le ciel était dégagé et bleu, le soleil brillait pour l’accompagner. Elle avait su aussi épargner ses proches pour le jour du grand départ, elle m’a souvent dit par rapport à ce jour qui arriverait qu’il fallait se rappeler les bons moments que l’on avait pu vivre ensemble.
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