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Nom du blog :
messagers
Description du blog :
Atelier du mardi soir 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
18.03.2008
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Christophe : Phrase longue

Christophe : Phrase longue

Posté le 18.12.2006 par messagers

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Cent quarante sept, cent quarante huit, cent quarante neuf, cent cinquante, voilà, j’en suis très exactement à la cent cinquantième ligne d’écriture sur les mille que je dois faire d’ici lundi matin en guise de punition et sous peine d’être collé le week-end prochain au pensionnat, tout çà pour avoir mâché du chewing-gum pendant l’étude, chose formellement interdite par le règlement intérieur de la boîte à mettre des punitions, y compris à ceux qui ne le méritent pas et je crois bien faire partie de ceux-là, en attendant il faut que j’écrive, tout et n’importe quoi, aucune importance, de la prose, des vers, du latin, de l’hébreu ou du chinois, pourvu que çà prenne de la place, que çà noircisse le papier, que çà remplisse les feuilles, d’accord c’est un peu bête, au moins çà vide la tête, pas la peine de réfléchir, c’est pas les méninges qui travaillent, par contre il m’est de plus en plus difficile de lutter contre ces picotements qui m’envahissent les doigts, cette contracture qui me paralyse le pouce à trop serrer de rage mon stylo, cet engourdissement et ces crampes qui progressivement me supplient d’arrêter mais non cent quatre vint dix huit, cent quatre vingt dix neuf, deux cents, courage, encore huit cents lignes et j’en viens à bout de mes travaux forcés du week-end, pas question de renoncer, vaut mieux éviter de lever la tête et de regarder par la fenêtre, dehors il fait beau, les copains ont dû commencer la traditionnelle partie de football et moi je suis là à attraper mon bouquin d’histoire, perdu pour perdu autant faire d’une pierre deux coups et en profiter pour apprendre ma leçon sur le Moyen-âge, paraît qu’on a une interrogation mardi alors on y va sur le clergé, la noblesse, le tiers-état et les moines, eux au moins quand ils écrivaient c’était pour faire des enluminures sur leurs manuscrits, moi je n’ai pas le temps, je fonce, j’écris, au travail soigné, précis, méticuleux des copistes du douzième siècle j’oppose, sans l’aide de Gutenberg et de ses machines à imprimer ma production d’écrits du vingtième siècle, industrieuse, besogneuse, douloureuse, efficace, taylorienne, un seul impératif le rendement, la quantité, le volume et tant pis pour l’esthétisme, tant pis pour le sens des mots, je n’écris pas pour être entendu, encore moins pour être compris, j’écris pour écrire, pour m’abrutir, jusqu’au dégoût, jusqu’à ne plus savoir, qui a dit l’écriture est la science des ânes, entièrement d’accord et je suis un sacré bourriquot à faire des mots sans queue ni tête, sans carotte pour me faire avancer, avec la crainte du bâton pour m’asticoter à la moindre défaillance, huit cent quatre vingt, huit cent quatre vingt un, huit cent quatre vingt deux, je tiens le bon bout, il pensait peut-être le surveillant général que jamais je n’y arriverai et bien si je vais y arriver car il est têtu le petit âne et c’est marrant, au fur et à mesure que j’avance je me sens gagné par un frison de plaisir malgré la fatigue, ce n’est même plus contraint et forcé que j’écris, non c’est moi qui maintenant fixe l’objectif, c’est moi qui décide, c’est moi qui fait courir la plume sur le papier, neuf cent quatre vingt dix huit, neuf cent quatre vingt dix neuf, mille.
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