Christophe : Une autre planète
Posté le 24.09.2007 par messagers
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Une autre planète
- Dis Monsieur, dessine-moi un ballon.
Un sourire illumina le visage du vieil homme. Se saisissant de la feuille de papier que lui tendait l’enfant il traça à main levée l’esquisse d’un ballon ovale.
L’enfant, en découvrant le dessin, écarquilla les yeux d’un air étonné. Fronçant les sourcils et se grattant la tête, il cherchait à comprendre quelque chose qui manifestement lui échappait.
- Dis Monsieur, il y a quelque chose qui cloche... Ton ballon, là, fit-il en pointant son index sur le dessin, il ne tourne pas rond.
- Tu sais petit, il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Regarde ta planète par exemple : elle ne tourne pas très rond en ce moment il me semble et pourtant la Terre est bel et bien ronde.
L’enfant demeura perplexe quelques instants.
- Dis Monsieur, tu viens de quelle planète, toi ?
Décidément cet enfant était bien curieux et ne manquait pas d’aplomb, pensa le vieil homme.
- Je viens d’un pays qui s’appelle l’Ovalie.
- L’Ovalie ? Quel drôle de nom ! fit l’enfant en pouffant de rire. Et pourquoi l’appelle-t-on ainsi ?
- Oh, sans doute parce que tout y est plus ou moins ovale : les ballons, mais aussi les poissons qui dansent dans les rivières, les prunes qui tombent des arbres, les galettes qui sortent du four, que sais-je encore.
L’enfant, insatiable, tendit à nouveau la feuille de papier :
- Dis Monsieur, dessine-moi des buts.
Le vieil homme ne se fit pas prier et traça deux lignes verticales qui montaient vers le ciel à n’en plus finir, jusqu’à toucher les étoiles.
Cette fois-ci, l’enfant prit un air courroucé et s’emporta :
- Ce n’est pas gentil, tu te moques de moi, tes buts, ils n’ont même pas de filets !
Le vieil homme, sans se départir de son calme, lui répondit avec indulgence :
- Vois-tu, bien souvent, on veut emprisonner le ballon dans les mailles du filet, afin qu’il ne puisse pas s’échapper. Chez nous, en Ovalie, c’est tout le contraire : le ballon, il faut le faire vivre, le libérer, le laisser respirer alors, quand par magie il passe au-dessus des poteaux et s’élève dans le ciel, tout le monde se lève et applaudit.
L’enfant commençait à le trouver sympathique ce vieil homme ; un tantinet bizarre, certes, mais sympathique.
- Dis Monsieur, dessine-moi le public.
Le vieil homme prit cette fois plusieurs crayons de couleurs différentes et, procédant par petites touches, à la manière des impressionnistes, dessina toute une palette de supporters bigarrés, bras-dessus, bras-dessous, envahissant les gradins, chantant à tue-tête, gesticulant, encourageant leur équipe, déployant des banderoles, jouant de leur instrument de musique favori.
L’enfant à nouveau sembla ne pas comprendre :
- Mais tu as mélangé les supporters des deux équipes, ce n’est pas possible ; d’habitude on les sépare pour éviter qu’ils ne se battent, sinon c’est trop dangereux !
Une lueur de tristesse voila un court instant le regard du vieil homme, mais il sut se ressaisir :
- C’est vrai, j’ai vu de nombreux stades comme ceux que tu décris, avec des barrières, des grillages, des cordons de sécurité mais chez nous, en Ovalie, on vient applaudir le beau jeu ; l’adversaire, on le respecte ; l’arbitre, on ne l’invective pas ; le joueur d’en face, on ne le siffle pas sous prétexte qu’il ne porte pas le même maillot ; et à la fin du match on se serre la main et on se congratule.
- Quel drôle de pays, et quel drôle de jeu ! s’exclama l’enfant. Puis il ajouta, des étoiles plein les yeux :
- Dis Monsieur tu m’emmènes avec toi voir un match ?
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