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messagers
Description du blog :
Atelier du mardi soir 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
18.03.2008
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Jocelyne : Description narrativisée

Posté le 18.03.2008 par messagers
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La chaleur d'automne couvrait la forêt. Les feuillages tremblaient à peine. Des corbeaux gémissaient des plaintes étouffées dans le lointain. Un très grand calme coulait autour des arbres, dans les sentiers mal dessinés. Une branche sèche tombait çà et là, ou une feuille. Un oiseau envolé l'avait détachée. Pierre Gamarra, Les coqs de minuit

Descriptin narrativisée de Jocelyne

Solaine se rappelle encore le jour où ses parents avaient annoncé triomphants « Nous avons enfin trouvé notre résidence secondaire en Normandie ». Sa soeur cadette ne partageait pas son point de vue, et se voyait déjà à Vandeville. Elle réussit à retarder au plus loin le moment où elle mettrait les pieds dans cette maison. Cette jeune adolescente avait toujours été sauvageonne et introvertie, tout l'opposé de sa soeur cadette Clémence.
Fin septembre, quand les travaux de rafraîchissement furent terminés, Solaine, résignée, accompagna ses parents et sa soeur pour découvrir la « merveille ». Elle dût reconnaître que ses parents avaient eu bon goût. La maison typiquement normande avec le toit de chaume et les colombages était chaleureuse, et sa chambre avait été décorée à son goût. Dans le salon, une grande cheminée, où son père s'affairait pendant que sa mère préparait un bon repas pour le soir, dans la cuisine.
Elle annonça à sa mère qu'elle allait marcher en forêt. Un petit chemin à droite de la maison conduisait dans un bois qu'elle pouvait voir de sa chambre. Elle avait pu observer à travers les vitres une jolie palette de couleurs aux tons chatoyants, et en se promenant, elle fût surprise de ressentir la chaleur automnale qui couvrait la forêt, elle était à l'écoute de la nature, elle vit les feuillages tremblant à peine, entendit les corbeaux gémissant des plaintes étouffées dans le lointain. Ce très grand calme coulant autour des arbres, se faufilant dans les sentiers mal dessinés, tout cet univers inconnu l'apaisait, elle respirait les odeurs offertes par la forêt, regardait une branche sèche qui tombait çà et là, ou une feuille détachée par un oiseau envolé. Elle se laissait aller à ces contemplations qui la réconfortaient. Elle s'imprégnait de toutes ces odeurs et couleurs qui éveillaient en elle l'envie de revenir dès demain, car le jour commençait à décliner, elle devait rentrer.
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Bénédicte : Description narrativisée

Posté le 18.02.2008 par messagers
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Les avenues détrempées par les continuelles averses d'automne s'allongeaient, couvertes d'un épais tapis de feuilles mortes, sous la maigreur grelottante des peupliers presque nus. Les branches grêles tremblaient au vent, agitaient encore quelque feuillage près à s'égrener dans l'espace. Et sans cesse, tout le long du jour, comme une pluie incessante et triste à faire pleurer, ces dernières feuilles, toutes jaunes maintenant, pareilles à de larges sous d'or, se détachaient, tournoyaient, voltigeaient, est tombaient. Maupassant, Une vie.

Bénédicte : Description narrativisée

Au seuil de la propriété il descendit de bicyclette.
François était harassé, sa longue quête touchait à sa fin.
La longue avenue détrempée par les averses d'automne s'allongeait, couverte d'un épais tapis de feuilles mortes. Il s'avança sous la maigreur grelottante des peupliers presque nus. Les branches grêles tremblaient au vent, agitaient encore quelque feuillage prêt à s'égrener dans l'espace.

En s'approchant du château, il crut entendre une musique comme une pluie incessante et triste à faire pleurer…

Le récit de Meaulnes était donc vrai: François avait retrouvé la demeure enchantée…Il ferma les yeux et vit son ami près de la jeune fille au clavecin. Les flambeaux de la cheminée éclairaient sa haute silhouette. Il tournait lentement les feuillets de la partition. Pelotonnés autour d'eux, les petits enfants costumés…un Pierrot blotti contre une Colombine…Arlequin s'était endormi…

Le cœur de François se serra. Tant de soirées à écouter le récit de son ami: confident ébloui il partageait la magie de cette rencontre. Tous deux étaient liés à jamais par ce secret: ensemble ils retrouveraient la mystérieuse jeune fille, le manoir enchanté, et s'accomplirait cette promesse d'un fragile bonheur…

Mais au seuil du Printemps, Meaulnes, le grand Meaulnes était parti, et l'avait rendu à sa solitude. François jeta un regard éperdu autour de lui…les dernières feuilles, toutes jaunes maintenant, pareilles à de larges sous d'or, se détachaient, tournoyaient, et tombaient…
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Bénédicte : Focalisation 0

Posté le 18.02.2008 par messagers
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Tous deux étaient liés à jamais par ce secret.
Meaulnes, si taciturne jusque là, presque distant, s'était rapproché de François qu'il considérait désormais comme son frère ; et François, éperdu de gratitude, éprouvait pour la première fois de sa vie le bonheur d'être choisi, préféré, pour devenir le confident, l'ami de celui que tous appelaient "le Grand Meaulnes".
Ensemble ils tenaient de longs conciliabules auprès du poële, le soir, alors que les autres avaient quitté la classe. Ils avaient tenté de refaire sur une carte le parcours de Meaulnes, après Vierzon et le trajet dans la carriole du Père Magloire, mais les indices leur manquaient…
Inlassablement Meaulnes revenait à l'évocation du manoir enchanté. Non, il n'avait pas rêvé, tous pouvaient douter de sa parole, mais François, lui, son ami devait le croire. Il s'exaltait, s'irritait, se levait la nuit, et jusqu'à l'aube arpentait furieusement leur petite chambre…
A la fin de l'hiver François le cœur serré devant le désespoir de son ami se décida:
"Meaulnes, aux premières jonquilles nous partirons;
La jeune fille t'attend toujours, je le sens, je le sais.
Il ne sera pas difficile d'emprunter la jument du Père Magloire et d'y atteler la carriole. Nous quitterons l'école quand le maître sera à faire lire les petits. Mouchebeuf empêchera les grands de parler, j'en fais mon affaire"
François avait un cœur simple et généreux. Que pouvait- il comprendre au caractère fier et ombrageux de son ami ?
Meaulnes fit semblant d'acquiescer. Ils échafaudèrent leur plan. François se sépara de ses billes d'agate, convoitées par Mouchebeuf, et obtint sa complicité.
Le Père Magloire se trouva honoré de confier sa jument au maitre d'école, en vue d'une "leçon de choses";
"ah! si c'est pour du savoir à l'école que ma bête elle peut vous servir, alors je vous la laisse emporter, c'est bien de l'honneur que le maître me fait…"
François tremblait d'émotion et de fierté: son plan allait marcher; demain ils partiraient à deux, demain Meaulnes serait heureux, il s'en était fait le serment!
Pour cette dernière nuit les garçons décidèrent de laisser la fenêtre entr'ouverte. La pleine lune éclairait les draps froissés, François souriait dans son sommeil…Meaulnes, sans bruit se glissa dans la nuit tiède, et descendit le long de la glycine.
Il partait seul….
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Maria : Personnage et événement

Posté le 07.01.2008 par messagers

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Ce soir-là, il était en service au bal organisé à l’occasion de la célébration de la fête de Notre Dame des Remèdes à Saint-André. Il marchait, majestueux, accompagné de son collègue, observant la foule dense qui se croisait dans l’unique rue du village menant à la chapelle illuminée et richement décorée pour l’occasion.
En s’approchant de la chapelle, il remarque deux gamins qui s’échappent furtivement et semblent dissimuler un sac informe. N’écoutant que son devoir, il accélère. Son collègue peine à le suivre. Il a déjà agrippé un des chenapans pendant que le second semble s’être volatilisé. De sa grosse voix impressionnante, il se met à sermonner le gamin et demande à voir le contenu du sac qui s’agitait dans la main qui le serrait.
- Vas-tu m’ouvrir ce sac oui ou non ?
Avant même que l’enfant obéisse, une tête ébouriffée s’échappe du sac forçant l’enfant à lâcher sa proie.
- Coin, coin, fit entendre la tête de l’animal mécontent.
- C’est pour vous Monsieur le garde, prenez-le, c’est pour vous !
- Jamais de la vie ! Tu te fiches de moi !
Tout en disant cela, notre homme se mit à penser au dernier canard aux oignons que sa femme lui avait mitonné, et bien malgré lui, l’eau lui vint à la bouche, et pour la première fois de sa vie de garde républicain incorruptible, il fut pris d’un doute. Une fois ? Une toute petite fois ? Pouvait-il faire une entorse à la loi ? Fermer les yeux, laisser filer le gamin… et déguster en famille un canard aux oignons.
Un canard volé ! lui reprocha aussitôt sa conscience, et tu vas faire cela le jour de la fête de la Vierge ! Est-ce bien toi Alfredo : toi l’incorruptible ?
Mais le gamin est bien jeune, son complice s’est sauvé, l’amener au poste c’est bien le faire payer pour deux ! Pour lui aussi c’est la fête de la Vierge, gémissait Alfredo torturé.
- Coin, coin, faisait le canard.
- C’est pour vous Monsieur le garde, implorait le gamin.
Sainte Vierge aidez-moi, pria Alfredo ! Quel est le remède ?
Sans doute la Vierge eut-elle l’ouïe fine, car la lumière se fit soudain dans la tête d’Alfredo. Il amena le gamin devant la chapelle.
- Entre et remercie la bonne Vierge. Elle te pardonne.
Puis il chercha le curé : le canard aux oignons de Pureza il s’en souviendrait longtemps.
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Jocelyne : Personnage exceptionnel

Posté le 22.12.2007 par messagers
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Elle portait souvent des vêtements de couleurs sombres, elle enroulait ses cheveux chatain clair et crantés dans un chignon en boule dans le bas de sa nuque. Il lui arrivait en été de se protéger du soleil avec un foulard qu’elle nouait à sa façon. Catarina était de taille moyenne, bien charpentée aux formes généreuses, une femme solide bien ancrée au sol.
Elle était née dans un village montagnard Paladina, près de Milan, elle avait rencontré son mari Marco originaire de Bergamo dans le Nord du pays , ils se sont mariés et sont venus s’installer en France en 1920 dans un quartier d’immigrés d’Italiens ; ils ont construit la maison familiale avec l’aide des voisins. Elle aimait rendre visite à ses voisines italiennes et pouvait s’absenter de longues heures, en veillant à revenir à temps pour le déjeuner de son mari. Il arrivait toutefois qu’elle ne se plie pas toujours à la volonté du patriarche qui hurlait son mécontentement en italien, elle ne se gênait pas pour lui répondre tout en haussant les épaules. D’une nature gaie et parfois insouciante elle donnait l’impression de pouvoir traverser toutes les tempêtes de la vie.
Notre sortie favorite le samedi matin au marché de Sannois où elle adorait flâner et marchander sa main calleuse serrait très fort ma petite main pour ne pas me perdre dans la cohue. Le dimanche matin elle ne sortait pas de sa cuisine, elle concoctait des mets savoureux avec les aromates du jardin et la sampia (ramenée d’Italie) pour sublimer par son arôme la sauce bolognaise. Les gnocchis pétris dans ses mains expertes qu’elle roulait dans la farine étalée sur la table bleue en formica et découpait sur la planche de bois dans un geste précis . Venait le tour des pâtes fraîches raviolis et cannellonis et la polenta.
De nature volubile Catarina ne m’adressait que quelques mots en italien quand elle cuisinait. J’adorais l’observer quand elle levait ses yeux bleus clairs en me souriant et lire dans son regard malicieux la joie de ce bonheur partagé. Pas de grandes phrases, de mots tendres ni d’élan de tendresse entre nous mais une grande complicité et des traits de caractère similaires. Un peu brusque parfois dans ses propos mais jamais de mots blessants ou humiliants .

La vie nous a séparées pendant plusieurs années mais quand je l’ai retrouvée elle n’avait pas changé au point de vue vestimentaire, ses cheveux avaient blanchi, toujours la même coiffure, et ses yeux pétillants de malice et son petit sourire qui illuminait toujours son regard. Elle s’occupait désormais du jardin potager depuis la mort de son mari , elle prenait tant de plaisir à cueillir ses haricots, ses tomates qui murissaient toujours mieux que dans les jardins alentours, «disait-elle» et ses fraises succulentes, sans oublier les bouquets de fleurs, qu’il fallait emporter à chaque fois que je venais la voir. Elle savait évoquer des douleurs profondes, comme le deuil, sans dramatiser avec des mots justes qui ne vous enlisent pas dans le chagrin. Les instants précieux quand elle me parlait de sa jeunesse en Italie, comment elle avait appris à broder son trousseau, et tous les souvenirs qu’elle avait en elle, pas de remords ni de regrets.

Quand elle a perdu de son autonomie, elle a souhaité aller dans une maison de retraite où elle était appréciée pour sa joie de vivre. Elle ne me reconnaissait pas quand j’allais la voir. Sa fin de vie s’est passée selon son désir elle s’est éteinte dans son sommeil à 93 ans.
Le jour de son enterrement, il avait neigé pendant la nuit , le ciel était dégagé et bleu, le soleil brillait pour l’accompagner. Elle avait su aussi épargner ses proches pour le jour du grand départ, elle m’a souvent dit par rapport à ce jour qui arriverait qu’il fallait se rappeler les bons moments que l’on avait pu vivre ensemble.
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Patrick : Personnage et événement

Posté le 22.12.2007 par messagers
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Ecole de Garçons, Ecole de Filles.
Il y a maintenant de nombreuses années que cette distinction n’a plus cours, la mixité scolaire s’étant imposée définitivement. Mon Maître d’école fut pourtant confronté à une surprenante mésaventure à cet égard.

C’était à la fin de l’année scolaire. A cette époque, la pratique du sport était pratiquement étrangère aux activités scolaires dans l’enseignement primaire, considérée comme une discipline avant tout ludique. De ce fait, c’est uniquement lorsque les beaux jours arrivaient, vers le mois de juin, alors que les programmes touchaient à leur fin, qu’une décontraction certaine s’installait dans la classe. Tous les après-midi, le Maître nous emmenait dans la cour et organisait des parties de ballon. Nous revêtions alors des tenues plus légères et plus amples que l’habituelle blouse étriquée.
Ce jour là, il avait décidé de nous initier au rugby. Tous en short et maillot léger, nous attendions le signal. Un champ d’herbe attenant à la cour avait été investi afin d’amortir les chutes et placages. Avoir le droit de se tirer par le maillot, quelle joie. Tous les coups étaient permis.
Quelle ne fut pas la surprise du Maître, à l’occasion d’un « tirage de maillot » un peu vigoureux, de découvrir sur le torse soudain dénudé de l’élève victime de l’exploit, une jolie paire de seins bien fermes et bien saillants qui ne laissait aucun doute sur le sexe de son propriétaire. Dire que Monsieur Rollin fut à ce moment interloqué, voire pétrifié, serait sans doute très en deçà de la réalité. De rouge cramoisi, son visage devint rapidement blême. Sa respiration déjà rendue difficile par l’effort physique qu’il venait de produire, devint saccadée. Pire, il suffoquait au bord de la crise d’apoplexie. Nous nous étions regroupés au milieu du terrain, ravis de l’aubaine, profitant et ne perdant pas une miette d’un spectacle rare, que d’ordinaire nous ne pouvions nous offrir qu’à la dérobée , en cachette, en feuilletant à la va vite des magazines que rapportaient les plus grands, le soir dans le dortoir. Quant à la demoiselle, car il fallait bien se rendre à l’évidence, elle appartenait sans conteste à la gent féminine, elle était la moins gênée de nous tous, sure d’elle et de l’effet, voire de l’attrait que produisaient ses appâts sur notre assemblée.
Notre Maître, peu à peu recouvrit ses esprits… puis la poitrine de l’unique objet de notre attention, et, couvrant ces seins que nous ne saurions voir, parvint à adopter une contenance plus en rapport avec son statut et sa réputation. Il nous intima l’ordre de nous retourner. Et plus vite que ça, aux vestiaires nous ordonnât-il encore énervé. Puis il tança mollement la jeune fille, qui ne se départissait pas pour autant de son air effronté.
L’incident se termina par notre retour en bon ordre aux vestiaires.
Il va de soi que cette singulière « passagère clandestine » ne termina pas l’année scolaire, fort heureusement très proche, au sein de la classe. Le Maître ne parvint pas vraiment à nous convaincre qu’il ignorait la présence d’une fille dans une classe de garçons, mais nous acceptâmes amusés l’explication fumeuse qu’il nous exposa.

Ce n’est que quelques années plus tard que je sus ce qui s’était réellement passé et que je connus le fin mot de l’histoire. La surprise du Maître ne tenait pas tant au fait qu’il s’agissait d’une fille, mais plutôt et surtout, parce que sa présence incongrue sur un terrain de rugby, parmi des garçons, nous fut dévoilée de cette manière, par sa nudité.
Il n’ignorait pas qu’elle était là, ni qui elle était, et avait contribué personnellement à la faire passer pour un des nôtres, pour céder à un caprice de sa fille. Ce caprice, il en était entièrement responsable. En effet, nous apprîmes qu’elle était la cadette des 5 filles de notre Maître, et que, las de ne produire que des femelles, il l’avait singulièrement éduquée comme un garçon. Il avait simplement oublié, qu’à onze ans, le singulier allait devenir un genre qu’il ne pourrait plus cacher, condamné qu’il était au féminin pluriel.
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Christophe : Personnage et événement

Posté le 21.12.2007 par messagers
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De la place pour deux

Je n’y vois plus rien, c’est bien ma veine : il fait nuit comme dans un four. Pas une lueur pour me guider. Pas le moindre halo de réverbère, pas le moindre faisceau lumineux d’un phare de voiture, pas une bougie, pas une chandelle, rien !
Je ne suis pas d’un naturel peureux, n’allez pas croire cela, mais tout de même, il y a des limites.

Je progresse à tâtons, avec d’infinies précautions. Sous mes pieds mal assurés les tuiles rendues glissantes par la pluie se dérobent. Tant bien que mal je rétablis mon équilibre, évitant la chute de justesse. Chaque année c’est pareil, je suis à deux doigts de me rompre les os sur leurs maudits toits en pente. Et mes rhumatismes qui me reprennent : ce doit être l’humidité ambiante. C’est décidé : la prochaine fois ils n’auront qu’à se débrouiller sans moi. Je commence à me faire vieux et il serait peut-être temps de passer la main, après toutes ces années.

Le rebord de la cheminée est là, tous près ; je le devine, je le sens à l’acre odeur de suie et de fumée qui l’imprègne, à une vague chaleur qui se diffuse au fur et à mesure que je m’en approche. Pourvu qu’ils aient pensé à appeler le ramoneur parce que je n’ai pas l’intention de me salir. Je me penche pour entamer ma descente et, aïe, mon front heurte brutalement le front d’un autre individu, assez corpulent me semble-t-il, à en juger par le choc qui va me laisser une énorme bosse. Ma réaction ne se fait pas attendre :
- Non mais dites donc, vous ne pourriez pas faire un peu attention où vous mettez les pieds ?
- Je vous signale que j’étais là avant vous Monsieur…Monsieur ?
- Peut importe mon nom, il me semble que vous me devez des excuses.
- Des excuses ? Vous plaisantez j’espère ? Je travaille moi, Môssieur, et je n’ai que faire de vos jérémiades.
- Vous travaillez, dites vous, comme cela, en pleine nuit ? La belle affaire ! Bon, assez perdu de temps, poussez vous un peu, je suis pressé ; on m’attend figurez vous.
- Voyez-vous cela. Je vous ferai remarquer que moi aussi on m’attend. J’ai une livraison à effectuer, et de la plus haute importance qui plus est.
- Tiens donc, comme c’est étrange, Monsieur est livreur. Et pourquoi je vous prie ne passez vous pas par la porte comme tout le monde, ou par la fenêtre ?
- D’une part parce que je ne suis pas Monsieur tout le monde et d’autre part parce que je ne suis pas non plus un voleur. Je suis là en service commandé. Je peux bien vous le dire après tout, je suis le Père Noël.
- Je n’ai jamais entendu quelque chose d’aussi absurde. C’est risible. Vous n’êtes qu’un imposteur. Le Père Noël, le seul, l’unique, le vrai, c’est moi.
- Comment osez-vous ? C’est impossible puisque je vous dis que c’est moi.
- Allons, laissez moi rire : et puis de toutes façons tout le monde sait que le Père Noël n’existe pas voyons !
- Vous n’existez pas, nuance.
- Mettons nous d’accord au moins sur un point : le Père Noël, s’il existe, ne peut-être qu’unique.
- Je vous l’accorde et je ne vois qu’une solution pour sortir de ce quiproquo.
- Peut-on savoir laquelle ?
- C’est très simple : nous allons nous interroger à tour de rôle jusqu’à ce que l’un d’entre nous, le pseudo Père Noël, soit démasqué.
- Je trouve cela grotesque mais puisque vous y tenez, allons y et finissons en. Nous avons assez perdu de temps. Vous permettez que je commence ?
- J’allais justement vous le proposer. Je vous écoute.
- Très bien. D’abord, d’où venez-vous ?
- Du Nord, du grand Nord ; d’un petit village qui s’appelle Rovaniemi, c’est juste en-dessous du cercle polaire et il y a de la neige toute l’année.
- Admettons. Et comment êtes vous arrivé jusqu’ici ?
- Quelle question ! Avec mon traîneau volant pardi ! Tiré par huit magnifiques rennes si vous voulez savoir.
- Leur nom ?
- Rien de plus facile : Tornade, Danseur, Furie, Fringuant, Comète, Cupidon, Eclair et celui que je préfère, Tonnerre.
- A mon tour maintenant : mais permettez d’abord que je vérifie quelque chose.

Et sans lui laisser le temps d’esquisser le moindre geste, je tirai violemment sur sa longue barbe blanche, dans l’espoir d’arracher ce que je pensai être un vulgaire postiche. Las, j’avais beau tirer de toutes mes forces, la barbe ne cédait point. Ma victime poussait des hurlements tels que je dus me rendre à l’évidence : ce n’était pas une fausse barbe.
- Je suis confus, j’étais pourtant persuadé que…
- Vous avez de la chance que je ne sois pas rancunier et plutôt beau joueur; je vous pardonne pour cette fois mais ne vous avisez pas de recommencer ou il vous en cuira.

Un peu gêné je jetai un coup d’œil aux alentours :
- Vous êtes seul, à ce que je vois ?
- Détrompez-vous ! Je ne me déplace jamais sans mon compagnon de toujours, le Père Fouettard. Pour le moment il est occupé dans une autre maison, à deux pas d’ici. D’ailleurs il ne devrait pas tarder.
- Occupé à quoi faire si ce n’est pas trop indiscret ?
- A dispenser des coups de fouet aux vilains garnements ; il faut bien se répartir les tâches sinon en une seule nuit nous n’y arriverions jamais : moi je distribue les cadeaux aux enfants qui ont été sages et lui punit les enfants dissipés et désobéissants qui sont de plus en plus nombreux croyez moi ! ce n’est pas le travail qui manque, malheureusement.
- Mais vous n’avez pas le droit, vous êtes un usurpateur : c’est moi qui avec ma hotte sur le dos distribue des cadeaux aux enfants la nuit de Noël et les dépose au pied du sapin. Vous pourriez au moins respecter les traditions !
- Vous ferez ce que vous voulez la nuit de Noël mais je tiens à vous rappeler que nous ne sommes que dans la nuit du 6 Décembre et que moi, Saint-Nicolas, puisque tel est mon nom, j’ai bien l’intention de faire ce que j’ai toujours fait cette nuit là, à savoir distribuer des cadeaux aux enfants qui le méritent, ne vous en déplaise.
- Comment, le 6 Décembre ? Mais alors je me suis trompé de jour ? enfin, de nuit ?
- J’ai bien peur en effet que vos lutins vous aient joué un bien mauvais tour. Je les savais facétieux mais à ce point…

Jamais je ne m’étais senti à ce point ridicule et humilié. J’étais sur le point de faire demi-tour lorsque Saint Nicolas m’arrêta :
- Ecoutez, voici ce que je vous propose : je suis affreusement en retard dans ma distribution et je crois qu’à deux nous serions plus efficaces.
- Il n’y a plus une minute à perdre. Je vous accompagne mais promettez moi une chose.
- … ?
- Qu’à votre tour vous viendrez m’aider la nuit de Noël.
- C’est promis. Allez, en route, l’aube ne va pas tarder à se lever.
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Véronique : Personnage et événement exceptionnel

Posté le 20.12.2007 par messagers

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Il avait garé son véhicule, un 4X4 impressionnant, à quelques dizaines de mètres du Col de l’Asclier.
Il était en train de régler son téléobjectif quand le ciel, d’un bleu immaculé, soudain s’assombrit.
Le silence de la montagne était total. Les lignes de crêtes se découpaient au loin, pas le moindre nuage pour les dissimuler.
Il leva très lentement les yeux de son appareil, inquiet.
Il sentit un très léger frôlement. Instinctivement il mit ses bras autour de sa tête.
Alors il vit tournoyer au-dessus du 4 X 4 l’aigle le plus majestueux.
Celui-ci descendit poser délicatement sur le toit de la voiture un agneau tout tremblant.
Il resta quelques instants interdit, l’appareil à la main,. Il n’eut même pas la présence d’esprit de prendre une photo de l’aigle.
C’était pourtant exactement la photo qu’il cherchait à faire depuis qu’il venait chaque lundi stationner là exactement où il pensait un jour le trouver.
Quand il sortit de sa stupeur, l’aigle avait disparu, et une petite chose vagissait sur le toit de sa voiture.
L’agneau nouveau-né ne semblait pas avoir été blessé. Il le prit délicatement et le posa par terre afin de l’examiner.
Les serres de l’oiseau avaient du entourer son petit corps avec délicatesse car il ne présentait aucune blessure. Il tenait à peine sur ses pattes mais il vint néanmoins
se blottir contre ses jambes.
Jamais on le croirait quand il serait de retour dans la vallée. Il s’imaginait bien racontant son histoire à ses neveux réunis autour de lui. « Comme je vous vois à
présent, un aigle, grand comme cela » et il étendait les bras pour simuler les ailes « et dans ses serres, tenez-vous bien, un agneau tout juste né, d’ à peines quelques
grammes ; et attendez, le plus incroyable c’est que l’agneau, il l’ déposé délicatement sur le toit de la voiture et pfftt, il s’est envolé, sans un bruit ».
Si ses neveux ne buvaient pas toutes ses paroles, jamais il ne supporterait les regards moqueurs, les sourires en coin ou des remarques du style « dis donc le soleil
devait taper bien fort là-haut, pour que tu délires comme ça… » qu’ils risquaient de lui adresser…
Ah si seulement il avait eu la présence d’esprit de déclencher son appareil photo. Cela aurait été le cliché de l’année…une preuve irréfutable
Au fond peu importe, cette image il l’avait là, bien imprimée dans sa mémoire, et elle lui appartenait à jamais.
Finalement cette histoire il la garderait pour lui seul. L’agneau il l’aurait trouvé abandonné au bord de la route et il l’aurait récupéré, c’est tout.
Il prit l’animal encore tremblant dans ses bras, le déposa sur le siège avant de la voiture, et lentement, cherchant à éviter les soubresauts il entama la descente vers la vallée.
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Christophe : Une autre planète

Posté le 24.09.2007 par messagers

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Une autre planète

- Dis Monsieur, dessine-moi un ballon.
Un sourire illumina le visage du vieil homme. Se saisissant de la feuille de papier que lui tendait l’enfant il traça à main levée l’esquisse d’un ballon ovale.

L’enfant, en découvrant le dessin, écarquilla les yeux d’un air étonné. Fronçant les sourcils et se grattant la tête, il cherchait à comprendre quelque chose qui manifestement lui échappait.
- Dis Monsieur, il y a quelque chose qui cloche... Ton ballon, là, fit-il en pointant son index sur le dessin, il ne tourne pas rond.
- Tu sais petit, il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Regarde ta planète par exemple : elle ne tourne pas très rond en ce moment il me semble et pourtant la Terre est bel et bien ronde.

L’enfant demeura perplexe quelques instants.
- Dis Monsieur, tu viens de quelle planète, toi ?
Décidément cet enfant était bien curieux et ne manquait pas d’aplomb, pensa le vieil homme.
- Je viens d’un pays qui s’appelle l’Ovalie.
- L’Ovalie ? Quel drôle de nom ! fit l’enfant en pouffant de rire. Et pourquoi l’appelle-t-on ainsi ?
- Oh, sans doute parce que tout y est plus ou moins ovale : les ballons, mais aussi les poissons qui dansent dans les rivières, les prunes qui tombent des arbres, les galettes qui sortent du four, que sais-je encore.

L’enfant, insatiable, tendit à nouveau la feuille de papier :
- Dis Monsieur, dessine-moi des buts.
Le vieil homme ne se fit pas prier et traça deux lignes verticales qui montaient vers le ciel à n’en plus finir, jusqu’à toucher les étoiles.
Cette fois-ci, l’enfant prit un air courroucé et s’emporta :
- Ce n’est pas gentil, tu te moques de moi, tes buts, ils n’ont même pas de filets !
Le vieil homme, sans se départir de son calme, lui répondit avec indulgence :
- Vois-tu, bien souvent, on veut emprisonner le ballon dans les mailles du filet, afin qu’il ne puisse pas s’échapper. Chez nous, en Ovalie, c’est tout le contraire : le ballon, il faut le faire vivre, le libérer, le laisser respirer alors, quand par magie il passe au-dessus des poteaux et s’élève dans le ciel, tout le monde se lève et applaudit.

L’enfant commençait à le trouver sympathique ce vieil homme ; un tantinet bizarre, certes, mais sympathique.
- Dis Monsieur, dessine-moi le public.
Le vieil homme prit cette fois plusieurs crayons de couleurs différentes et, procédant par petites touches, à la manière des impressionnistes, dessina toute une palette de supporters bigarrés, bras-dessus, bras-dessous, envahissant les gradins, chantant à tue-tête, gesticulant, encourageant leur équipe, déployant des banderoles, jouant de leur instrument de musique favori.
L’enfant à nouveau sembla ne pas comprendre :
- Mais tu as mélangé les supporters des deux équipes, ce n’est pas possible ; d’habitude on les sépare pour éviter qu’ils ne se battent, sinon c’est trop dangereux !
Une lueur de tristesse voila un court instant le regard du vieil homme, mais il sut se ressaisir :
- C’est vrai, j’ai vu de nombreux stades comme ceux que tu décris, avec des barrières, des grillages, des cordons de sécurité mais chez nous, en Ovalie, on vient applaudir le beau jeu ; l’adversaire, on le respecte ; l’arbitre, on ne l’invective pas ; le joueur d’en face, on ne le siffle pas sous prétexte qu’il ne porte pas le même maillot ; et à la fin du match on se serre la main et on se congratule.
- Quel drôle de pays, et quel drôle de jeu ! s’exclama l’enfant. Puis il ajouta, des étoiles plein les yeux :
- Dis Monsieur tu m’emmènes avec toi voir un match ?
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Christophe : Nouvelle pour Le Pecq

Posté le 20.06.2007 par messagers

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Fille-Mère

- Alors tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d’enfance ?

Sophie ne put réprimer un sourire. De l’index elle se frotta consciencieusement l’arête du nez dans un geste familier dont on ne savait pas très bien s’il masquait une certaine gêne, s’il était destiné à la rassurer ou s’il était tout simplement le signe d’une intense réflexion.
- Oui, enfin peut-être ; je ne sais pas.

Marie-françoise retrouvait bien là le caractère de sa fille, tout en évitements, en non-dits, en sous-entendus ; plus que de la timidité, de la pudeur ; en tout cas de la défiance dès lors qu’il lui fallait se confier.
- Tu sais, tu n’es pas obligée de me répondre, si tu préfères confier tes souvenirs à des étrangers plutôt qu’à ta mère …

La phrase resta en suspens, laissant planer dans l’air comme une insinuation, comme un reproche teinté d’amertume, comme une invitation à poursuivre aussi.
- Maman, je t’en prie, arrête. Mon enfance tu la connais mieux que quiconque alors pourquoi irais-je te raconter ce que tu sais déjà par cœur ?

C’est bien ce que je disais : ma fille est passée maître dans l’art de l’esquive, de la dérobade, du je réponds à une question par une autre question. Pas étonnant qu’elle réussisse si bien dans ce qu’elle appelle son « métier ». Gardant pour elle ses pensées Marie-françoise répliqua :
- Tu ne m’as toujours par répondu : tu vas vraiment te répandre dans les journaux, livrer notre vie en pâture à la presse people, comme n’importe quelle chanteuse ou actrice de cinéma ?

Sophie perçut la hantise de sa mère, presque maladive : se faire remarquer. Sa devise avait toujours été : pour vivre heureux vivons cachés ! Le charme discret d’une petite bourgeoisie de province repliée sur elle-même et ses certitudes. Elever des murs autour de la propriété familiale, étouffer les sentiments, dissimuler les aspérités et ne laisser paraître que ce qui est lisse, ne pas soulever les meubles de peur de voir la poussière s’envoler.
- Maman, il ne s’agit pas de journaux mais seulement d’un livre. Tu sais, tout le monde fait ça aujourd’hui, je ne vois pas où est le mal.

Marie-françoise, de manière imperceptible, s’était raidie : ainsi c’était donc vrai ! Mieux qu’une confession du bout des lèvres, sa fille venait de lui faire un aveu cinglant.
- Et à défaut de partager tes secrets de petite fille je peux savoir d’où vient ce besoin soudain de parler de toi ? Ne me dis pas que c’est toi qui as eu cette idée, je ne te croirais pas.

Sophie se demanda quelle idée elle avait eue de venir passer ce dimanche avec sa mère : la distraire ? Lui faire un peu de conversation ? Allons donc, elle avait plutôt l’impression de subir un interrogatoire en règle dont elle ne voyait plus comment me dépêtrer.
- Non, c’est Paul qui me l’a suggéré. Tu sais il attache beaucoup d’importance à mon image et il pense qu’évoquer mon enfance me rapprochera des gens, me rendra plus accessible, moins distante, plus …

Mon gendre, il ne manquait plus que lui, cet ambitieux raté, toujours à vouloir faire le bonheur des autres malgré eux. Mais qu’est ce qu’elle peut bien lui trouver ? Si encore il était beau, s’il avait de l’humour, si au moins il était intelligent !
- … plus populaire, oui je comprends. Remarque, à bien y réfléchir, c’est somme toute assez logique quand on veut comme toi plaire et séduire.

Sophie se fit violence pour ne pas répondre et ne pas tomber dans le
piège de la provocation, la grande spécialité de la maison.
- Ne complique pas les choses, veux tu. C’est beaucoup plus simple que tu ne l’imagines. Les gens ont de moi une vision réductrice, voire déformée et j’y vois une formidable opportunité de leur parler avec mon cœur, avec sincérité.

Ah quel talent ! Mais pourquoi a-t-elle abandonné ses études de droit ? Elle aurait fait un brillant avocat, comme son père. Non, au lieu de cela il a fallu qu’elle s’entiche de cet arriviste.
- Je ne sais pas ce que ton pauvre père aurait pensé de tout cela ; mais j’imagine que c’est le cadet de tes soucis.

Le chantage affectif maintenant, il y avait longtemps ! Décidément rien ne lui sera épargné . C’est sur que pour son père le mot ambition ne se conjuguait pas au féminin ; mais qu’importe : aujourd’hui il serait fier d’elle et de sa réussite. Comme elle ne répondait pas, sa mère reprit de plus belle :
- J’espère au moins que tu n’as pas évoqué …

Sophie la coupa net :
- Et bien si figure-toi. Comment peux tu imaginer une seule seconde que je puisse évoquer mon enfance en passant sous silence le souvenir de mon petit frère ?

Sa mère blêmit et d’une vois tremblante qui peine à masquer sa fureur
contenue :
- Mais je ne te permets pas, tu n’as pas le droit ! Tu n’as donc aucune pudeur ?

Mais déjà Sophie ne l’écoutait plus. Elle avait détourné la tête et se remémorait l’instant où elle avait vu son frère pour la dernière fois. C’était un Dimanche et elle se tenait debout comme aujourd’hui, près de la fenêtre du salon qui donne sur le perron. Son frère, on l’emmenait de force, dans une pension spéciale où il serait bien, lui avait-on dit. Et lui il se débattait, l’implorait du regard, elle, sa sœur aînée qui était la seule de la famille à l’aimer, malgré sa différence, lui qui n’avait pas toute sa tête. Sophie refoula avec peine les larmes qui montaient. Les mots que déversait sa mère ne lui parvenaient plus que par bribes : … honte … honneur de la famille … réputation … secret … tout gâcher.

Ce n’est que bien des années plus tard qu’elle avait appris que son frère était mort, qu’il n’avait pas survécu à la maladie, que non il n’était pas enterré dans le caveau familial, qu’il valait mieux l’oublier, comme s’il n’avait jamais existé. Peu à peu une chape de plomb et de silence avait recouvert tout ce qui pouvait rappeler son existence fugitive. Sophie réalisait à cet instant que ce n’était pas à sa mère qu’elle était venue rendre visite mais à ses souvenirs d’enfance justement. Voir que tout était à sa place d’une manière presque immuable la
rassurait car ne lui demandait aucun effort de mémoire, en même temps ce côté figé l’irritait profondément, comme la marque d’un conservatisme qu’elle abhorrait.

Sa mère s’était depuis de longues minutes murée dans un silence plein de rancœur : comment sa fille avait-elle pu oser, dévoiler ce secret de famille si jalousement gardé, qu’elle avait mis des années à enfouir ? Sophie secoua la tête. Allons, il lui fallait se reprendre, être forte, ne pas se laisser aller. On ne lui pardonnerait aucun signe de faiblesse, elle ne le savait que trop. Rançon d’un métier exposé parce que public, où chaque geste est épié, chaque parole interprétée, le moindre faux-pas amplifié. Il lui faudrait encore se durcir, se
fabriquer un personnage.
- Arrêtons là si tu veux bien, je n’ai pas envie de me fâcher avec toi. D’ailleurs rassure-toi, mon éditeur m’a fait retirer tout ce qui pouvait ternir notre image ou notre réputation. Le chapitre que je lui avais consacré a été entièrement supprimé.

En prononçant ces mots Sophie mesura quelle concession elle avait dû faire pour préserver …. Pour préserver quoi au juste ? Son image ? Son orgueil ? Ses chances de réussir ? Fallait-il que chaque marche qu’elle gravissait dans son ascension s’accompagne inéluctablement de ce type de renoncement ?
Sa mère la sortit de sa réflexion :
- Si je comprends bien tu es en train de me dire que ce livre est déjà terminé ! moi qui pensais que ce n’était qu’un vague projet ; mais tu es libre après tout, tu feras comme bon te semble, d’ailleurs tu n’en a jamais fait qu’à ta tête.

Cette manie, exaspérante, qu’avait sa mère de lui rappeler en permanence qu’elle était libre, comme le besoin d’exorciser une évidence mal assumée, consentie à regret. Sophie lui lança, non sans ironie :
- Tu devrais plutôt te réjouir. Quand j’étais petite, tu me reprochais tout le temps de ne pas aller au bout de ce que j’entreprenais !

Marie-françoise lui trouvait le même regard effronté que bien des années plus tôt. « Réponse à tout » l’avait surnommée sa maîtresse d’école : pas étonnant finalement qu’elle ait voulu faire carrière dans ce métier, pourtant si peu accessible aux femmes. Elle ne parvint pas à contenir plus longtemps son désir de savoir :
- Et, sans être indiscrète, il sort quand ce livre ?

C’était dit avec un apparent détachement, à la limite de la désinvolture, mais Sophie sentit poindre la curiosité et l’attente …
- Demain. Demain dans toutes les bonnes librairies. D’ailleurs j’allais oublier, je t’ en ai apporté un exemplaire : je te l’ai même dédicacé. Non, pas maintenant, tu la liras quand je serai partie.

Un coup d’œil furtif à sa montre :
- Il faut que j’y aille. Je dois être à Paris pour le journal de vingt heures ; tu comprends ? Ma dernière apparition publique avant dimanche prochain.

Marie-françoise sent une angoisse l’étreindre subitement, une boule à
l’estomac, une sorte de fierté aussi ; et si elle était élue ? Si elle devenait madame la Présidente ? Après tout, les derniers sondages la placent en bonne position…. sa petite fille …. qu’elle n’a pas vue grandir, qu’elle n’a pas voulu voir grandir…. qui lui apparaît si grande tout à coup.
- Je comprends. Ne te mets pas en retard, tu dirais que c’est de ma faute. Allez qu’est ce que tu attends ? Sauve toi vite.
Tu ne m’embrasses pas ?
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